1984
1984
Après 4 jours d'escale à Lisbonne, ville magnifique avec ses rues pavées et ses vieux tramways, nous repartions en mer pour une dizaine de jours, direction Les Canaries. Cette escale qui se devait être sympa de par son cadre, fut pour nous un triste souvenir. En effet, pendant notre escale, l'un de nos navires avait tiré sur un navire espagnol qui pêchait en toute illégalité et qui refusait d'obtempérer aux ordres. Etant à Santa Cruz, les pêcheurs espagnols du coin eurent vite faient de descendre en ville et quelques échauffourées eurent lieues. C'est ainsi qu'étant de service, je me retrouvais sur le quai habillé en tenue verte de fusilier pour aider les permissionnaires qui rentraient a bord. Ayant comme seul protection une matraque en bois, j’eus comme consigne de répondre que si j'étais frappé le premier !! Quelques coups de couteau sans gravité avaient été reçus de la part des marins en permission, ainsi que des blessures liées à des bagarres. Triste fin pour une escale, habituellement sans encombres. La joie connue lors de notre arrivée, faisait place à la consternation générale ! La ville était vide, l'infirmerie, elle, était pleine !!

 

 

 

 

Poste de manoeuvre général à Lisbonne

 

En juin, nous repartions en mer avec de nouvelles escales en perspective.Cette fois-ci nous devions faire escale à Lisbonne, puis Santa Cruz de Ténériffe. Les voyages ne se faisant jamais gratuitement dans la Marine, nous avons eu le droit à notre "dose" d'exercice en tout genre. Poste de combat de jour comme de nuit, exercices d'homme à la mer, tir torpille, exercice incendie, voie d'eau, sans compter le quart habituel devant les sonars du PC ASM. Nous avons même eu le droit à un exercice de ravitaillement en pleine mer de la part d'un pétrolier de la Marine. Outre le carburant embarqué, ainsi que des vivres, nous avons effectué le transfert d'un homme (censé être blessé) du Vauquelin sur le Tourville. Cette technique utilisée uniquement dans la Marine, exige une sérieuse concentration de la part de tous. Entre les hommes qui d'un côté doivent laisser du "mou" dans les câbles pour laisser filer la chaise, ceux qui de l'autre doivent reprendre ce même mou pour tirer la chaise vers eux et les deux navires qui doivent filer à la même vitesse, tout en ayant en permanence le même écartement, fait de cette manoeuvre un moment difficile à passer ... surtout pour le passager de la chaise ! Une fausse manipulation d'un côté ou de l'autre et cela peut devenir une catastrophe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arrivée du Tourville pour l'exercice

 

Préparation de l'exercice

 

 

 

 

 

Passage de la chaise à vide ...
... puis récupération

 

Passage de la chaise avec un passager

 

 

 

 

De retour de ces escales, je passais en juillet, un examen pour devenir interprète. J'obtins ainsi mon certificat et mon insigne du 1er degré d'interprète en langue anglaise. Je passais dans la foulée mon permis de conduire et en novembre, je revenais à Querqueville faire un stage de 3 semaines à l'école de sécurité. Comme il était bon de retrouver cette école deux années après y avoir signé mon engagement. Je me revoyais au travers de ces nouvelles recrues qui essayaient de marcher au pas sans se marcher dessus, dans leur belle tenue de travail toute neuve ! Je revenais ici et étais considéré comme un ancien ... alors que je n'avais que 19 ans !

 

 

 

 

 

 

1er degré d'interprète

 

Etant un des GSS* de mon service, je fus envoyé à l'école de sécurité pour y apprendre le maniement du fenzy, appareil respiratoire utilisé dans la Marine, ainsi que de toutes les techniques connues pour pouvoir étancher une voie d'eau ou savoir utiliser les protections NBC (Nucléaire Biologique et Chimique). Ce stage fut assez éprouvant physiquement car les exercices se faisaient en conditions réelles. Les incendies n'étaient pas sur papier et les voies d'eau n'étaient pas sèches ! J'eus même le plaisir de dormir quelques nuits à bord du Lucifer, navire échoué devant l'école qui permet de faire tout ce que l'on veut en matière de catastrophes. Juste après l'appel du soir, on embarquait à bord de ce navire fantôme pour y passer la nuit. Les instructeurs se faisaient un plaisir de nous réveiller en pleine nuit, tantôt pour un incendie, tantôt pour une voie d'eau et ils se payaient même le luxe d'allumer l'éclairage ou de le laisser éteint, tout en y rajoutant des fumigènes ... pour y apporter une touche de réalisme supplémentaire. Je peux vous garantir que d'être réveillé en sursaut par le klaxon qui se trouve dans le même local que vous, d'être obligé de s'équiper en pompier lourd avec l'appareil respiratoire, vous fait grimper le taux d'adrénaline au plus haut point et les quelques minutes laissées pour être opérationnel défilent très très vite lorsque vous vous retrouvez dans une situation d'urgence et de stress telle que celles inventées par nos instructeurs !! Malgré la difficulté physique du stage, je garde un très bon souvenir de celui-ci.

 

 

 

 

 

 

 

GSS : Gardien de Sécurité du Service

 

En route vers 1985